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Même si elle est alors surtout préoccupée par la guerre qui l'oppose à l'Inde depuis le 20 octobre dans l'Himalaya - ce qui n'empêche pas la presse de New Delhi de dénoncer " l'imprudence " de Kennedy (Hindustan Times) ou l'illégalité du blocus (The Statesman) - , la Chine déclenche à partir du 25 octobre une vaste " campagne antiaméricaine " dans les grandes villes où se succèdent " rallyes de masses " et " meetings enthousiastes " destinés à montrer " l'entier appui du peuple chinois au peuple cubain ".

Manifestations à Pékin

Manifestation à Pékin
Manifestation à Pekin en faveur de Cuba

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Le Quotidien du Peuple du 05/11/62
Le Quotidien du Peuple
du 5 novembre 1962
Ces manifestations se poursuivent pendant plusieurs jours : encore deux semaines plus tard, 300 000 Pékinois défilent aux cris de " l'héroïque Cuba vaincra ! ". La presse, elle, consacre chaque jour à l'affaire d'énormes titres et des pages entières proclamant, comme Le Quotidien du Peuple du 27 octobre, que " la révolution cubaine est immortelle ". Par contre, les journaux relèguent les positions soviétiques en pages intérieures.
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Pékin utilise la crise pour contester à Moscou le rôle de leader du mouvement communiste international. Cherchant à exploiter les erreurs de Khrouchtchev notamment auprès des pays du Tiers Monde, Le Quotidien du Peuple accuse l'URSS de " révisionnisme " et Khrouchtchev de " défaitisme  ", responsable d'un " Munich soviétique ".
Le quotidien du Peuple 27/10/62
Le Quotidien du Peuple du
27 octobre 1962
Le quotidien du Peuple 29/09/62
Le Quotidien du Peuple du
29 octobre 1962

La crise accentue en effet la rivalité entre l'Union soviétique et la Chine qui tentent l'une et l'autre de conquérir un leadership en Asie et en Afrique. D'autant qu'à Rabat, Phnom Penh, Dakar, Libreville ou Djakarta, on applaudit " l'héroïque peuple cubain ". Mais la France use, à la demande des États-Unis, de son influence auprès de certains pays africains, comme le Sénégal, pour que ceux-ci refusent d'accorder des droits d'escale aérienne sollicités par l'URSS pour briser le blocus et ravitailler Cuba.

En Amérique latine, la situation apparaît contrastée, dans la mesure où la révolution castriste de libération nationale avait été vue avec sympathie. Cette crise, qui soulève une vive émotion au Mexique, en Argentine, au Brésil et au Pérou, finit par ternir l'image de La Havane et de Moscou. Certes, des manifestations antiaméricaines, qui dégénèrent souvent en bagarres comme à La Paz (5 morts et 27 blessés), ont lieu dans toute l'Amérique latine, mais, en général, les opinions ne comprennent ni que le régime cubain se soit lié à une superpuissance ni que l'URSS ait abandonné un protégé. Ce sentiment est renforcé par la presse écrite et la radio qui insistent sur le danger de guerre nucléaire. Certains journaux, comme le quotidien mexicain officieux El Nacional, plaident même pour l'éradication de tout foyer marxiste à Cuba. Les dirigeants politiques latino-américains soutiennent les États-Unis, à l'instar de l'OEA qui adopte dès le 23 octobre une résolution en ce sens, après avoir exclu Cuba dès janvier 1962.

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