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À l'exception du Daily Express qui approuve sans restriction l'attitude américaine, tous les quotidiens manifestent, de façon vive voire acrimonieuse, une grande réserve à l'égard des mesures décidées par Kennedy qui n'a même pas jugé utile de consulter au préalable ses Alliés.

La presse londonienne critique la décision de quarantaine qui menace la paix et porte atteinte au principe sacré de liberté des mers.

Le Daily Telegraph, proche des milieux gouvernementaux, insiste sur les " grandes complications " engendrées par la riposte américaine.

Le libéral Guardian se montre très sévère, jugeant " sans raison valable " le blocus " qui fera du tort à la cause américaine ".

Fustigeant le blocus qui est " un acte de guerre ", le Daily Mail estime que " le Président est allé trop loin. Il faut arrêter, pendant qu'il est encore temps, l'évolution périlleuse que vient d'ouvrir la décision américaine ".

Le Financial Times redoute une escalade - " un crescendo progressif " - et une riposte soviétique à l'encontre de Berlin.

La presse affiche sa préférence pour une solution négociée. Ainsi, le Times, qui se montre très réservé à l'égard du blocus, critique le manque de concertation des Américains avec leurs Alliés, tout en suggérant déjà d'échanger les missiles de Cuba contre les Jupiter de Turquie.

La presse belge du 24 octobre reprend cet argumentaire. Comme La Libre Belgique d'orientation catholique, le quotidien socialiste Le Peuple condamne Kennedy qui " a passé outre au droit international ", " n'a pas consulté l'OTAN ", et " joue avec le feu ".

L'Humanité du 26/10/62

Nord Eclair du 28-29/10/62
Nord Eclair du
28/29 octobre 1962  

À la demande de Macmillan qui insiste pour que les photos soient rendues publiques afin de convaincre l'opinion de la réalité du danger, l'ambassadeur américain à Londres, David Bruce, décide d'organiser dans l'après-midi du mardi 23 octobre, une conférence de presse réunissant les représentants des principaux médias. Dans l'intervalle, 2 000 manifestants favorables au désarmement unilatéral se réunissent devant l'ambassade des États-Unis à Londres.

Le soir, les chaînes de télévision BBC et ITV consacrent une émission spéciale à l'événement, illustrée par les clichés des missiles transmis par la CIA. Ces photographies font également la une des quotidiens du lendemain matin, ce qui entraîne un net revirement de la presse et de l'opinion britanniques. Les éditorialistes admettent désormais la réalité des fusées.

Daily Herald du 23/10/62
Daily Herald du
23 octobre 1962
Le travailliste Daily Mirror justifie la " courageuse réponse " des États-Unis. Encore particulièrement virulent la veille, le Daily Mail réaffirme la solidarité transatlantique, comme The Guardian pour qui " la Grande-Bretagne est derrière Kennedy ".

En revanche, le Daily Telegraph et le Daily Herald continuent de contester formellement la légitimité du blocus. Les commentateurs sont unanimes à souhaiter la médiation de la diplomatie britannique, pour " tenter de jeter un pont sur le dangereux fossé qui s'est creusé entre l'Est et l'Ouest " (Daily Mail). Cette ligne s'accentue le 25 : le Daily Telegraph dénonce la " duplicité soviétique " et le Daily Mail salue " la résolution de Kennedy ".

C'est seulement le 26 que le Daily Telegraph opère un revirement complet, à la suite d'une intervention pressante d'un ministre. Par contre, The Guardian n'entonne pas comme ses confrères le chant de la solidarité transatlantique, se demandant même le 27 si la Grande-Bretagne ne devrait pas se dissocier des États-Unis en cas d'une " agression " contre Cuba. The Observer du 28/10/62
The Observer du
28 octobre 1962
   
Suday Times du 28/10/62
Sunday Times du
28 octobre 1962
Le dénouement de la crise suscite à Londres un " immense soulagement ", selon un observateur français. Au contraire de la plupart des commentateurs qui estiment nécessaire, après cette épreuve, d'engager une vaste négociation sur les questions de désarmement, The Guardian envisage soit l'élimination de Khrouchtchev soit le lancement d'une offensive soviétique sur un autre front pour compenser sa retraite des Caraïbes.


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