Allemagne : entre Cuba et Berlin Fermer

Tout en se félicitant de la réaction américaine qui rompt avec l'incertitude et la faiblesse enregistrées dans les mois précédents, les journaux de RFA redoutent soit une riposte soviétique à Berlin soit que l'ancienne capitale allemande fasse l'objet d'un marchandage.

Frankfurter Allgemeine du 23/10/62
Frankfurter Allgemeine Zeitung
du 23 octobre 1962
À l'instar de la Frankfurter Allgemeine Zeitung et de la Stuttgarter Zeitung, ils multiplient les articles sur le droit de légitime défense des Américains, même au prix d'une violation du droit maritime.

 

La détente observée à partir du 25 octobre est accueillie avec soulagement par la population allemande. D'ailleurs, durant toute la crise, elle conserve son calme, même si on note quelques achats massifs de produits alimentaires et d'entretien.

À Berlin, des deux côtés du Mur, une certaine tension est toutefois perceptible.

Comme en URSS, la presse de RDA se limite durant plusieurs jours à des comptes rendus succincts et s'abstient de titres sensationnels.

Mais le 25 octobre est convoquée à Berlin-Est une manifestation attirant 250 000 personnes qui, selon un observateur étranger, se montrent d'une indifférence totale.

Dans la partie occidentale de la ville, l'opinion publique se préoccupe des éventuelles répercussions de l'affaire cubaine sur le statut de Berlin. C'est pourquoi Der Tagesspiegel s'efforce de démontrer que " Cuba et Berlin " ne sont pas " échangeables ", au contraire des bases de missiles installées dans les Caraïbes et en Turquie. L'éditorialiste explique que Berlin n'est pas " un point d'appui militaire mais la citadelle de la liberté ". Soulignant la fermeté de Kennedy, il conclut que " le 22 octobre 1962 est la correction du 13 août 1961 ", jour funeste de la construction du Mur qui n'avait suscité aucune réaction alliée. Der Tages Spiegel du 28/10/62
Der Tagesspiegel du
28 octobre 1962

Déjà échaudé par l'attitude timorée de Kennedy lors de la construction du Mur de Berlin, le chancelier Konrad Adenauer se montre inquiet et craint les répercussions sur Berlin qui reste à la merci d'une opération soviétique comparable au blocus de 1948. La crise de Cuba confirme à ses yeux que la sécurité de la République fédérale ne peut pas être seulement assurée par l'Amérique. Il en tire la conclusion qu'il faut resserrer les liens politiques et militaires avec la France, ce qui est concrétisé dès janvier 1963 par la signature du traité de l'Élysée.

Der Tages Spiegel du 28/10/62
Der Tagesspiegel du
30 octobre 1962

Die Welt du 29/10/62
Die Welt du
29 octobre 1962

Satisfaite de l'issue de la crise, même si elle se garde de tout optimisme prématuré, l'opinion allemande ne partage pas l'attitude du chancelier Adenauer.

Ainsi, Der Tagesspiegel estime que Kennedy remporte une " victoire " et prédit des jours difficiles pour Khrouchtchev. C'est ce qui explique que les Allemands en général et les Berlinois en particulier réservent un accueil triomphal à Kennedy en juin 1963.






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