L'Union soviétique :
la paix menacée
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La population ne connaît pas plus le détail des griefs formulés par Washington que le caractère radical des mesures décidées par Kennedy.

Les médias soviétiques développent une thèse en trois points reprise ensuite par la presse communiste des autres pays : les États-Unis veulent abattre le régime castriste ; Cuba lutte pour son indépendance ; l'URSS aide un petit pays à défendre sa souveraineté.

C'est seulement à partir du 24 octobre que la crise de Cuba monopolise les médias soviétiques qui annoncent l'instauration du blocus. Les Izvestia titrent en gros : " Acte de banditisme ", " Ne touchez pas à Cuba ! ", " Les USA jouent dangereusement avec le feu. Arrêtez les provocateurs de guerre ! ".

La Pravda du 24 octobre titre " Bas les pattes à Cuba ! ", appelant le monde à " juguler les agresseurs américains déchaînés ". Mais aucune mention n'est faite de troupes soviétiques, et encore moins de missiles balistiques déployés à Cuba. Pravda 24/10/62
Pravda de Volgograd du 24 octobre 1962, préambule : "Salut d'amitié au peuple héroïque de Cuba qui a choisi le chemin du socialisme. (…) Amitié et collaboration se développent entre les peuples cubain et soviétique ".

Pendant plusieurs jours, la presse ne cesse de se déchaîner contre " les fauteurs de guerre " et de souligner que l'URSS est prête au besoin à se battre.

À titre d'avertissement, L'Étoile Rouge, le journal du ministère de la Défense, publie le 24 en première page les clichés d'un missile intercontinental et d'une batterie antiaérienne.

Des réunions de protestation contre " l'acte de piraterie américain " sont organisées dans les casernes, les facultés, les combinats, comme l'usine électro-mécanique Vladimir-Ilitch de Moscou dont Troud, l'organe des syndicats, montre une photo dans son édition du 24.

La vie moscovite ne semble guère affectée par cette campagne médiatique. Les représentations du New York City Ballet au Palais des Congrès et du chanteur d'opéra américain Jerome Hines au Bolchoï rencontrent même un grand succès. À Moscou, une manifestation est commandée le 27 devant l'ambassade américaine, des camions débarquant quelques milliers de jeunes auxquels sont distribués des panneaux dénonçant " impérialisme " et " colonialisme ". La police prend garde à éviter tout débordement.

Izvestia du 25 octobre 1962
Les Izvestia du 25 octobre 1962 affirment que " la planète ne sera pas en feu " et lancent un " appel à la raison ". Le poète officiel Nicolas Doriso prétend en vers que " le soleil brisera le blocus ".

"Cuba nous menace"
Le dessin montre un pirate américain qui, brandissant une masse atomique et maniant le lasso " blocus ", déclare : " Cuba nous menace ".

   

Pravda 26/10/62
La pravda de Volgograd du 26 octobre 1962
Titre principal : " Le peuple cubain est prêt pour la riposte "
Textes du dessin : sur l'objet brandit : " Blocus " et sur le bateau " Relations commerciales avec Cuba "

À partir du 26, la Pravda commence à suggérer les pistes de sortie de crise. Reléguant en pages intérieures sa rubrique des protestations populaires, elle met désormais en avant la nécessité d'empêcher la guerre et de faire triompher la raison : l'éditorial insiste sur " l'évacuation des troupes étrangères et la liquidation des bases étrangères " comme en Turquie.
À l'image des autorités officielles qui font preuve d'une grande discrétion, les médias maintiennent la population dans l'ignorance des péripéties de la crise. C'est seulement le 27 au soir que les Soviétiques apprennent la présence de missiles à Cuba en écoutant Radio-Moscou qui dresse un parallèle entre ces fusées et les Jupiter de Turquie.

Pravda 27/10/62
La pravda de Volgograd du 27 octobre 1962
Titre principal : " La volonté des peuples d'avoir la paix gagnera "
Titre du dessin et de l'article : " Bas les pattes à Cuba ! "
Titre de l'article : " Toutes les pensées vont vers l'île héroïque "

Malgré cet aveu implicite, la presse du jour continue d'ironiser sur les clichés présentés par Stevenson à l'ONU, les qualifiant de " faux grossiers " réalisés par le Pentagone.

Dessin de Lefimov
Titre du dessin de Efimov : " la liberté qu'ils voudraient imposer au monde ". Sur la plaque est écrit : " Piraterie-Banditisme-Loi de la jungle ".
IzvestaPrivilégiant les performances de l'agriculture collectivisée, les Izvestia relèguent en bas de une l'affaire cubaine en appelant à " éliminer la menace de guerre " et à mettre " les agresseurs au pilori " - slogan illustré par un dessin d'Efimov.

Le surlendemain, les médias russes s'ingénient à présenter l'aboutissement de la crise comme une stratégie délibérée du Kremlin, visant, d'une part, à préserver la sécurité d'un petit État menacé par une agression impérialiste, d'autre part, à empêcher une guerre. Ainsi, les Izvestia du 30 octobre proclament " une victoire de la raison " puisque " les États-Unis ont été obligés de promettre de renoncer à envahir Cuba ".

Dans les autres pays, la presse communiste célèbre également Khrouchtchev comme le sauveur de la paix mondiale. À l'exemple de Radio-Sofia, les médias des démocraties populaires soulignent l'agressivité américaine et en contrepoint le pacifisme de Khrouchtchev qui a sauvé Cuba : " Cher bien-aimé Nikita Sergeievitch, nous te remercions du fond du cœur ! ".
Dessin de Fomitchov
Texte du dessin de Fomitchov : " Regardez, le colossal continent de Cuba menace l'existence de ma petite île des Etats-Unis ".


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