Opération Anadir Fermer

Il est aussi prévu de construire plus tard une base sous-marine avec 11 sous-marins dont 7 armés de missiles (SLBM), mais Khrouchtchev renonce à ce projet dès septembre.

CubaAu moment où éclate la crise, cinq bases d'engins balistiques sont en cours de construction à Cristobal, San Candelaria, Guanajay, Sagua la Grande, Remedios (carte).

En déployant des fusées à Cuba, Khrouchtchev vise principalement un objectif stratégique : il cherche à compenser le retard accumulé par l'URSS en matière de missiles intercontinentaux, en tirant parti de la position géographique de Cuba.

Contrairement à ce que prétend la presse française qui tend à surévaluer la puissance soviétique, le missile gap - l'infériorité stratégique - dénoncé par Kennedy durant la campagne électorale, n'est pas du côté américain mais bien de celui de l'URSS, même si, depuis le lancement de Spoutnik en 1957, le territoire américain est vulnérable aux missiles soviétiques.

En effet, les États-Unis disposent en 1962 de

  • 2 000 bombardiers lourds,
  • 294 missiles intercontinentaux (ICBM),
  • 144 missiles sous-marins (SLBM),

alors que l'URSS n'aligne respectivement que

  • 150 bombardiers,
  • 75 ICBM,
  • 0 SLBM.

Cette disparité tend en outre à s'accentuer puisque les États-Unis produisent une centaine de missiles intercontinentaux par an, alors que l'URSS n'en fabrique péniblement que 25, équipés au demeurant de systèmes de guidage encore primitifs.

Les fusées à moyenne portée positionnées à Cuba auraient pratiquement doublé les capacités offensives soviétiques, dans la mesure où elles auraient pu atteindre la presque totalité du territoire américain. D'autant qu'elles n'auraient pas été détectées par les radars américains qui sont situés dans le nord du Canada afin de pouvoir repérer les missiles soviétiques survolant l'océan Arctique. Ayant ainsi rééquilibré les rapports avec les États-Unis, Khrouchtchev pouvait espérer distendre les liens transatlantiques, affaiblir l'OTAN, arracher des concessions sur Berlin.

Approuvé le 24 mai par le Conseil de Défense d'URSS, le plan de Khrouchtchev est accepté par Castro le 29 mai. En juillet, Raul, frère de Fidel et ministre de la Défense, et en septembre Che Guevara, se rendent à Moscou pour demander que cet accord soit officialisé et rendu public. Ces deux démarches s'avèrent infructueuses, car le Kremlin tient à conserver secrète l'Opération Anadir.

Le 15 septembre sont débarquées à Cuba les premières fusées SS-4, suivies le 4 octobre par les premières ogives nucléaires. Commandant les troupes soviétiques à Cuba, le général Issa Pliyev est autorisé, en cas d'invasion américaine, à tirer l'un des six missiles sol-sol nucléaires tactiques (Frog) déployés à Cuba, s'il ne parvenait pas à joindre Moscou. Mais cette autorisation n'est finalement pas confirmée.

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